Pourquoi

Les évènements tragiques de début janvier nous ont tous touchés de façon très profonde, et ont interrogé nos valeurs, nos liens, notre tolérance …

La violence déployée par les terroristes d’une part, et les actions, violentes elles aussi, déployées par les forces de l’ordre pour l’élimination des tueurs et la libération des otages .., toutes ces manifestations ont été relayées en boucle par les médias, sur toutes les chaines, et commentées oralement toute la journée, pendant un temps conséquent…

Il est donc impossible que des personnes résidant en foyer, en Mas, en institution de façon générale n’aient pas vu et ressenti de stress : les mots entendus et pas forcément adressés, l’ émotion générée, l’implication de tous, les réactions vives, les pleurs ou peurs partagés etc… ont provoqué un discours ambiant perturbateur pour beaucoup.

C’est dans cet environnement émotionnellement très chargé que Isaac a publié deux fiches pour tenter d’aider les personnes avec déficience intellectuelle, difficultés de compréhension, de communication, à penser ces évènements de façon plus claire et plus posée.

  • Penser mieux et clarifier ses pensées, avant de s’exprimer.
  • Penser pour mieux s’exprimer.
  • Penser pour mieux échanger.

On a parlé d’amalgames : les personnes concernées sont pour la plupart très vulnérables et sont des cibles privilégiées pour toutes ces tentatives de simplification manichéennes qui diviseraient facilement à leurs yeux la société en une moitié « gentille » et l’autre moitié « extrémiste, méchante, violente etc. » (sans nuance).

Les paroles que les professionnels ont pu avoir sur ces évènements, aussi justes soient-elles, ne peuvent pas être reformulées ou requestionnées par ceux qui ne parlent pas et qui, pour une raison ou pour une autre, ne perçoivent pas les tenants et les aboutissants de ces tragédies.

Quels moyens ont-ils à disposition pour revenir dessus ? Le langage oral est volatil, éphémère, et, même s’il est compris dans l’instant, il peut ne pas être intégré, traité comme il se doit au niveau cognitif. S’ouvrent alors pour eux (et même pour beaucoup d’entre nous) des possibilités multiples d’incohérences et de conclusions hâtives porteuses d’angoisses, ou même de troubles du comportement ou insomnies inhabituelles…

Il est donc indispensable de proposer dans ces moments-là encore plus que dans d’autres, des outils de communication à utilisation immédiate, en communication adaptée.

La question se pose alors de leur portée symbolique : on ne peut souvent pas proposer des pictos qui soient directement compris, même par des utilisateurs fluents de tableaux. Les symboles sont habituellement expliqués avant d’y être intégrés et utilisés.

un site d’actualités en pictogrammes, en anglais très facile à traduire et à exploiter symbolworld.org

Comment

Le principe à mettre en pratique est celui de la modélisation (terme couramment utilisé à Isaac International et francophone)

Modéliser, c'est utiliser les outils que nous mettons à disposition quand nous parlons. Utiliser, c'est désigner les pictogrammes sur les outils ou dans l'environnement, pour signifier que les mots se représentent (c'est du langage), comment ils se représentent, où ils sont représentés, et comment on y accède...

Utiliser, ça n'est pas seulement mettre à disposition et attendre que la personne s'en serve toute seule...!!!

Ici un site de parents qui argumentent :

discotcot.wordpress.com/2014/11/04/pourquoi-modeliser-comment-modeliser-la-communication-amelioree-et-alternative-en-action/

Fiche de dialogue sur Charlie, pictogrammes Makaton et autres (Extrait)

Pourquoi modéliser ? (extraits site + commentaires)

  • De nombreuses études montrent que la modélisation aide les personnes à apprendre plus vite. La communication se vit, le langage se construit dans l’usage plus que dans des situations académiques ou pédagogiques.
  • La modélisation nous aide en tant que parent, ou thérapeute, à apprendre à se servir de l’outil, à connaître ses limites (pour mieux les palier), à proposer du vocabulaire utile et pertinent et à savoir l’exploiter .
  • C’est logique. Combien de fois un très jeune enfant doit-il entendre un mot avant, qu’ayant grandi, il ne le produise ? Les personnes utilisatrices de CAA ont besoin d’être exposées à leur mode de communication cible bien plus souvent que lors de séances d’apprentissage ou « ateliers de communication », 2 à 4h/semaine…
  • Cela augmente notre « sphère d’influence ». S’ils nous voient nous en servir pour modéliser, il y a plus de chances que d’autres parents ou thérapeutes, fassent de même.
  • C’est motivant. L’enfant est intrigué, il viendra voir ce que l’on fait et avec le temps, il s’y mettra.
  • Et surtout, concernant des concepts pour lesquels les pictos sont encore inconnus, le mieux est d’en parler et de montrer, en parlant, ces nouveaux signifiants pour y mettre du sens, avec gestes et mimes associés, désignation de scènes ou d’objets dans l’environnement, toute action supplémentaire qui ajoute du sens à nos paroles.
Fiche de dialogue sur Charlie, Pictogrammes Arasaac et Arasaac modifié (Extrait)

Conclusion : Modéliser dans les situations banales.

C’est dans les actions banales du quotidien que les mots les plus fréquents et utiles sont utilisés. Pourquoi les fiches réalisées à l’occasion de ces évènements terriblement émotifs de Charlie ont-ils suscité autant d’intérêt dans les équipes ? Un enthousiasme notable, certes satisfaisant pour les créatrices après cette tragédie, mais tellement peu satisfaisant au regard des besoins quotidiens de « nourriture langagière » de tous les résidents des institutions et de toutes les personnes avec déficience intellectuelle (parlantes ou non parlantes).

Il est important de revenir sur des principes basiques :

  • Avant même les classeurs de communication, les cahiers de vie, ouverts par les professionnels quotidiennement avec la personne, permettent de mettre un geste et d’associer un signifiant aux paroles partagées. La personne apprend que les images peuvent servir à communiquer (pas seulement à faire des exercices de langage …) : c’est la base.
  • Le tableau de communication doit être sorti par les partenaires au quotidien pour modéliser les dialogues naturels et banals, avant que la personne ne l’utilise d’elle même.
  • Les fiches de dialogue pour la conversation et les informations prédictibles, fabriquées pour des séquences spécifiques (ateliers, esthétique, courses, RV ou activité) peuvent être proposées pour compléter les tableaux de communication.
  • Des fiches de dialogues sont effectivement nécessaires lors d’évènements exceptionnels.
  • C’est sur les partenaires que repose la responsabilité d’une nourriture langagière adéquate, conçue comme un « bain de langage » adapté.

    Une approche plus interactionniste que pédagogique est nécessaire.

Ressources

http://symbolworld.org un site d’actualités en pictogrammes, en anglais très facile à traduire et à exploiter.

http://www.santetresfacile.fr des outils pour parler de la santé, de son corps.

http://www.isaac-fr.org/type-outils/fiches-de-dialogue/ les nombreux outils répertoriés par Isaac francophone.